Le projet Marilyn d'Anne Savelli

#MarilynEverywhere

L’iconothèque éditorialisée

À l’occasion du colloque “Les iconothèques d’écrivain·e·s contemporain·e·s (1980 - aujourd’hui)” organisé par Anne Reverseau, Corentin Lahouste & Bertrand Gervais, élaboration d’un nouveau *corpuce autour du “projet Marilyn” d’Anne Savelli.

En août 2022, paraît chez Inculte Musée Marilyn, une fiction (ou fiction documentaire ?) consacrée à Marilyn Monroe, et plus précisément au rapport qu’entretenait l’actrice à la photographie et aux photographes. Anne Savelli y entraîne ses lecteurs·rices dans une exposition fictive dédiée à l’imaginaire visuel de l’icône Marilyn. Le récit met en place un jeu d’alternance entre des chapitres consacrés à des photographies iconiques de l’actrice (signées Sam Shaw, André de Diennes, Eve Arnold, Milton Greebe, Richard Avedon… ), où l’écriture combine l’ekphrasis et le récit historique (démontrant au passage l’impressionnante érudition de l’autrice sur le milieu Hollywoodien dans lequel Marilyn a évolué), et des chapitres plus intimistes où la narratrice, spectatrice de l’exposition fictive, s’adresse directement à Marylin.

Mais le “projet Marilyn”, c’est d’abord un chantier d’écriture – comprenant un impressionnant travail de recherche documentaire et iconographique – sur lequel l’écrivaine Anne Savelli aura travaillé pendant près de huit ans. Pour construire ce texte à l’architecture très pérecquienne, Anne Savelli a mené pendant des années un travail de recherche considérable sur l’actrice et ses photographes, amassant une conséquente collection d’images numériques et numérisées, qu’elle aura partagée avec ses lecteurs sur un canal essentiellement numérique. Ces images sont de nature très diverse : outre les numérisations de photographies d’époque – photos de mode, photographies documentaires, archives privées – la collection comprend de nombreuses « manifestations » visuelles de l’actrice : affiches collées dans l’espace public, produits dérivés, etc.

En soi, la collection d’images n’est pas une pratique inédite: les iconothèques d’écrivain.e.s sont légion, notamment dans le champ de la photolittérature. Ce qui est plus surprenant, ici, c’est sa publication quasi quotidienne sur les réseaux sociaux (Twitter, Instagram), autant de plateformes qui ont mis en place des protocoles de curation des images, et qui s’inscrivent dans un paradigme conversationnel (Gunthert), mais également participatif. La collection d’image d’Anne Savelli est donc d’un genre nouveau, celui de l’iconothèque éditorialisée, qui constitue donc un corpuce à explorer.

Quelques problématiques à déffricher

Le web et ses réseaux sociaux – Instagram, Pinterest, FlickR, SnapChat, Tumblr, Twitter ou Facebook – sont-ils devenus les nouvelles iconothèques d’écrivain du XXIe siècle ? Le terme « iconothèque » a-t-il seulement encore un sens pour qualifier ces flux continus et considérables d’images – sur la seule plateforme Instagram, par exemple, ce sont plus de 100 millions de photos et de vidéos qui sont publiées chaque jour – dont l’enjeu principal n’est plus tant la conservation que la conversation1 ? L’iconothèque ne suppose-t-elle pas en effet un certain effort de classement, d’organisation, là où les interfaces des grandes plateformes sociales proposent d’abord une publication immédiate, une lecture antéchronologique et une recherche pour le moins fastidieuse ? Comment appréhender les multiples fonctions – littéraire, poétique, éditoriale, promotionnelle, autobiographique et désormais iconographique – du profil Instagram d’un auteur ?

Premiers pas autour de ce corpuce photolittéraire, avec la vidéo d’une première étude présentée lors du colloque “Les iconothèques d’écrivain·e·s contemporain·e·s (1980 - aujourd’hui)”, à Montréal en avril 2022.